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Biographie.

Une nuit j’ai rêvé de deux mains sur lesquelles étaient tatoués les mots «pain»et«noir». Je ne sais pas à qui étaient ces mains, qui paraissaient menaçantes et pourtant familières. Au réveil, l’image et ces deux mots étaient toujours là. Je n’en sais pas plus, et je ne veux pas trop y penser», raconte François-Régis Croisier, l’homme derrière Pain-Noir. Ce souvenir est d’ailleurs devenu le texte de la dernière chanson de l’album – « De l’histoire, je ne connaissais que la fin » chante-t-il. C’est pourtant le deuxième acte de sa vie de musicien qui commence. Pendant une poignée d’années et de disques (deux albums et deux EP), François-Régis a incarné le projet St. Augustine, qui fit les beaux jours d’une petite communauté de musiciens clermontois animés par une passion commune pour le folk américain pastoral voire bucolique, et l’envie de fabriquer des beaux disques littéralement cousus-main.

François-Régis vient donc de Clermont-Ferrand, capitale mondiale de l’Auvergne. Parfois, en traversant les douces montagnes du Massif Central, on s’est dit que ce pays ressemblait aux Appalaches, et inversement. Ces oiseaux qu’on entend bruisser au début de l’album de Pain-Noir, chantent-ils en anglais ou en français ?

Et cette rivière qui court en fin d’album, vers quel côté de l’Atlantique s’écoule-t-elle ? Questions qui n’appellent pas de réponses. François-Régis le démontre parfaitement

avec Pain-Noir : il a passé le gué, rejoint cette génération de musiciens français imprégnés de musique anglo-saxonne, mais qui ont su s’affranchir de leurs références, sans les renier. « J’ai toujours aimé l’americana, mais aussi la pop très écrite, les arrangements, les harmonies, les lignes mélodiques qui sortent du folk. Et surtout, les gens qui créent des passerelles et inventent leur propre genre. Moi, je suis un peu lent, je prends le temps, j’ai longtemps joué et écouté avant de comprendre ce que je savais faire, sans chercher à ressembler à ce que j’aime. A posteriori, je vois surtout dans St. Augustine le chemin qui m’a mené à Pain-Noir ».

La différence notoire entre les deux groupes, c’est que François-Régis chante désormais en français. « La transition a été assez naturelle, j’ai commencé à composer des chansons en français alors que je faisais encore St. Augustine. Ecrire en français, ça a changé ma musique. Je ne pousse plus ma voix, je suis plus retenu, ça se joue désormais dans les détails ». Et ce sont les détails qui font de Pain-Noir un album dont on peut tomber amoureux. Des instruments acoustiques joués avec des gants de soie. Des petits arrangements de claviers comme des étoiles filantes qui traversent le ciel. Une production comme tombe la neige, qui ourle la musique en silence et en douceur. Des mélodies en spirales ascendantes. La délicate mélancolie d’un chanteur de bossa du Montana ou du massif du Sancy, qui n’aurait jamais vu l’océan. Des chansons précieuses et fragiles comme la flamme d’une allumette au creux des mains. Il y a toujours des influences – un Neil Young vaporeux, Grandaddy au coin du feu, Bertrand Belin pour l’exemple – mais on entend surtout la voix singulière de Pain- Noir, aujourd’hui unique en France.

L’album a été enregistré en une quinzaine de jours, à domicile, avec Olivier Perez du groupe Garciaphone, et leurs dames au piano et aux chœurs. « On a tout fait détendus, à la cool et je crois que ça s’entend. Je n’avais jamais enregistré aussi facilement ».

Pain-Noir a déjà posé le décor, enneigé. Bientôt l’avalanche.