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Biographie.

« Tourner la tête serait irresponsable. Parler de son époque est presque un devoir, surtout quand il y a autant de blessures, de tensions, de larmes. » Cyril Mokaiesh regarde droit dans les yeux son époque – notre époque.  Il reconnaît volontiers que « l’austérité, l’Europe, les attentats, le FN, c’est beaucoup pour un seul album. Je ne pouvais pas faire autrement. »

Dans son nouvel album, il y a également le désamour, le vertige, l’insomnie, mais aussi l’élan, la solidarité, la tendresse, l’enfance, la bravoure, la fraternité. Et la saine colère contre l’ordre du monde dont on voudrait nous faire croire qu’il est juste.

Dès les premiers mots, de l’album, il attaque : « On vous laisse la tribune, les honneurs du pouvoir / On vous laisse voler la victoire / On vous laisse le soin de bien ingurgiter votre part de marché / On vous laisse notre âme sur le bas-côté endettée endettée en détresse / À genoux de chagrin d’avoir fait le baisemain à l’austérité son altesse ».

La chanson La Loi du marché est un coup de poing – un coup de poing qui réveille. Cyril Mokaiesh l’a enregistrée avec Bernard Lavilliers : « Quand je lui ai envoyé la chanson, il a dit oui en vingt-quatre heures. » De même, Stéphane Brizé a tourné le clip de la chanson, qui a repris le titre de son long métrage avec Vincent Lindon : « Il met le doigt sur ce qui m’émeut le plus dans cette époque : le jeu qui consiste à monter les défavorisés les uns contre les autres. J’ai écrit la chanson en sortant du film et Stéphane a tourné un clip hyper réel et hyper poétique avec des images d’actualité incontestables, sans pathos ni rien de pompeux. »

Dans Ici en France, dans Houleux, dans Novembre à Paris, Mokaiesh mesure les deuils, les résiliences, les défaites, les combats. Il ne distingue pas toujours entre l’intime et le politique, entre l’Histoire et nos histoires, puisque qu’au bout du compte ce sont les mêmes cœurs et les mêmes âmes qui dérouillent. On ne sait pas s’il parle d’un amour ou de la gauche dans le premier couplet de Je fais comme si : « Noir c’est noir / Y’a plus d’histoire / Ni folies ni grands soirs / Sur la rose évanouie / Tombe la pluie ». Cela sonne comme un Brel sans les rancunes, comme un Ferré sans les slogans, comme un Dylan sans les brumes…

Cyril écrit dans la ville. Il marche des heures, s’arrête dans un bistrot pour laisser ses mots sur le papier, repart, s’attarde, revient, marche encore, écrit « comme un ogre, jusqu’à ce que je n’ai plus faim ». Il en résulte des textes qui foudroient et contemplent à la fois, qui ramassent en quelques vers les désarrois, les illusions et les désespoirs traversant les sociétés comme ils traversent chaque conscience – « Seul / À chercher sous la pluie / Des alliés, des abris / Dignes chiens insoumis / Au moins aussi / Seuls / Que ce gag de monde / À perruque blonde ».

Il avait envie « de prendre la parole sur ce qui nous concerne tous, trentenaires ou quadragénaires qui vivons en France. Mais interpréter sans revendication, sans exaltation. Ça parle de drapeau mais ça ne le brandit pas. » Alors il a réuni ses compagnons de musique, pour certains fidèles depuis leurs vingt ans : Jan Pham Huu Tri aux guitares, Valentin Montu à la basse, Éric Langlois à la batterie, Laurent Manganas au piano. Élodie Frégé l’a rejoint au micro sur Houleux et l’actrice Mélanie Doutey, sur Les Grands Soirs. Et l’album s’est enregistré en cinq jours au studio ICP, à Bruxelles, dans la simplicité, l’urgence et la ferveur d’une production indépendante : « Je savais où je ne voulais pas aller », dit-il de son troisième album solo.

Après l’aventure de Naufragés, dans lequel il reprenait des titres des vaincus de l’histoire de la chanson française (Allain Leprest, Bernard Dimey, Daniel Darc, Jacques Debronckart…), Cyril Mokaiesh assume sa double allégeance à un romantisme assumé et à une combativité citoyenne. Revenu à l’écriture, il admet que « ce métier est assez destructeur, puisque globalement je parle de ce que je vis. Écrire ancre les souffrances. »

Ces souffrances, il les chante – Blanc cassé est aussi le titre d’une magnifique chanson de rupture. Il chante aussi des mots sublimes de droiture sur le sentiment paternel dans 32 rue Buffault. Et aussi la force de se relever et d’affronter le monde adverse. Et aussi l’amour qui reprend et ré-enivre…

Cyril Mokaiesh chante des instants d’une vie – la sienne ou chacune des nôtres. Et cela donne courage, et cela nous grandit forcément.

À la fin de l’album, on a l’impression d’avoir encaissé encore mille blessures. Mais on est tellement plus fort.

  • Cyril Mokaiesh, Bernard Lavilliers – La loi du marché

  • Cyril Mokaïesh, Giovanni Mirabassi – Poor Lonesome Piéton